Boualem Sansal : l’ombre d’un malaise après la libération
Libéré en novembre 2025, l'écrivain Boualem Sansal suscite l'inquiétude de ses proches après son départ chez Grasset et ses positions jugées proches de l'extrême droite.

De l'icône de la liberté d'expression au malaise politique
Il y a à peine quelques mois, en novembre 2025, le monde des lettres célébrait avec ferveur la libération de Boualem Sansal. L’écrivain franco-algérien, incarcéré durant un an par le régime d'Alger pour délit d'opinion, incarnait alors la figure pure du martyr de la liberté d'expression. Mais aujourd'hui, cette image semble se fissurer. Derrière le sourire malicieux du dissident se dessine une personnalité de plus en plus contestée, dont les récentes prises de position et les choix éditoriaux provoquent un profond malaise au sein de son cercle de soutiens.
Une dérive idéologique qui interroge
Jusqu'à présent, ses proches fermaient les yeux sur ses sorties les plus clivantes, les mettant sur le compte du courage intellectuel face à l'islamisme et au pouvoir algérien. Cependant, la multiplication de ses interventions dans des médias marqués à l'extrême droite change la donne.
Ses prédictions apocalyptiques sur une supposée « islamisation » de la France et ses critiques virulentes contre son pays d'adoption — il a obtenu la nationalité française en 2024 — ne passent plus. Certains de ses amis se disent aujourd'hui « cassés », peinant à reconnaître l'homme qu'ils ont défendu avec acharnement. Ce « glissement » vers la droite radicale transforme l'ancien symbole de résistance en une figure clivante, suspectée d'ambiguïté idéologique.
Il y a à peine quelques mois, en novembre 2025, le monde des lettres célébrait avec ferveur la libération de Boualem Sansal .
Rupture fracassante avec Gallimard
Le point de rupture symbolique a été atteint le 12 mars, lors de l'annonce de son départ de chez Gallimard. Après vingt-six ans de fidélité, l'auteur du Serment des barbares quitte sa maison historique pour rejoindre Grasset, propriété du groupe Louis Hachette contrôlé par Vincent Bolloré.
Ce transfert est vécu comme une trahison par l'équipe d'Antoine Gallimard, qui s'était mobilisée sans relâche durant sa captivité. Plus qu'un simple mouvement commercial, ce changement d'éditeur semble être le résultat de dissensions tactiques et politiques profondes.
Un enjeu qui dépasse la littérature
L'affaire Sansal n'est plus seulement une question de littérature ou de droits de l'homme. L'écrivain est devenu, malgré lui ou de son plein gré, l'acteur d'une bataille culturelle et politique majeure. En choisissant de s'éloigner du giron traditionnel des intellectuels pour se rapprocher de sphères plus conservatrices, Boualem Sansal redessine les contours de sa propre postérité, quitte à désorienter ceux qui voyaient en lui l'héritier des Lumières en terre d'Islam.
Contacté par Le Monde pour s'expliquer sur ce revirement, l'auteur n'a souhaité répondre que sur des points mineurs, laissant planer le doute sur ses motivations réelles et la direction qu'il compte désormais donner à son œuvre.




