Libye : Révélations sur l’argentier secret du maréchal Haftar
Un rapport de l'ONU et une enquête de l'ONG The Sentry révèlent les réseaux financiers d'Ahmed Gadalla, pilier économique du clan Haftar en Libye.

Un système financier au service de la guerre
Alors que la Libye reste fracturée entre l'Est et l'Ouest, un rapport d'experts des Nations unies, fuité le 30 mars 2025, jette une lumière crue sur les mécanismes de financement qui alimentent l'instabilité du pays. Le document de 288 pages dénonce un « parapluie d'impunité » généralisé, profitant tant aux milices de Tripoli qu'au clan du maréchal Khalifa Haftar à Benghazi.
Au cœur de ces révélations émerge une figure centrale mais jusqu'ici discrète : Ahmed Gadalla. Cet homme d'affaires, cité à vingt reprises par l'ONU, est présenté comme le rouage essentiel de l'économie parallèle de l'Est libyen.
Ahmed Gadalla : l'argentier de Benghazi
Le rapport du panel d'experts, complété par une enquête de l'ONG américaine The Sentry publiée ce mardi 7 avril, détaille l'ascension de celui qu'on surnomme désormais le « premier argentier » du clan Haftar. Ses entreprises seraient impliquées dans une vaste gamme d'activités illicites :
Au cœur de ces révélations émerge une figure centrale mais jusqu'ici discrète : Ahmed Gadalla .
- Violation de l'embargo sur les armes par l'importation de véhicules militaires.
- Trafic de produits pétroliers, détournant les ressources naturelles du pays.
- Blanchiment et ingénierie financière pour contourner les sanctions internationales.
Le pivot émirati
L'influence de Gadalla s'est cristallisée lors de l'offensive manquée du maréchal Haftar contre Tripoli en 2019. Pour financer cette campagne militaire coûteuse, l'homme d'affaires a activé ses réseaux aux Émirats arabes unis.
Selon The Sentry, il aurait facilité l'obtention d'un prêt massif de 300 millions de dollars (environ 260 millions d'euros) auprès de la banque émiratie Al Masraf. Ces fonds auraient ensuite été « canalisés » via ses sociétés personnelles pour soutenir directement l'effort de guerre des forces de l'Est.
Une impunité institutionnalisée
Ces rapports soulignent la difficulté pour la communauté internationale de briser le cycle de la corruption en Libye. Si les chefs militaires occupent le devant de la scène, des acteurs comme Ahmed Gadalla assurent la pérennité de leurs structures de pouvoir en capturant les flux financiers, souvent au détriment de l'économie formelle et de la population libyenne.
Le silence qui entourait jusqu'alors les activités de Gadalla semble se briser, mettant les institutions bancaires internationales et les régulateurs face à leurs responsabilités dans la surveillance des transactions liées à la Libye.



